jeudi 17 septembre 2015

J'avais mes yeux pour pleurer !



"...car ils ne seraient pas selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d'eux-même, mon livre n'étant qu'une sorte de ces verres grossissants comme ceux que tendait à un acheteur, l'opticien de "Combray"; Mon livre, grâce auquel je le fournirais le moyen de lire en eux-mêmes. De sorte que je ne leur demanderais pas de me louer ou de me dénigrer, mais seulement de me dire  si c'est bien cela, si les mots qu'ils lisent en eux-mêmes sont ceux que j'ai écrits..." C'était Marcel Proust qui écrivait à ses lecteurs


Sur le chemin du printemps  
Lors d'une soirée enchantée, 
J'avais vu apparaître dans le miroir
La gracile et menue silhouette;
Une innocente mademoiselle 
Aux cheveux noirs de geai,
Dans une coupe  régulière carrée.
L'allure de perdrix ou de gazelle 
Elle portait un pull moulant sur la peau,
Elle devait s'appuyer sur ses quinze
Dix sept ou même vingt piges.
L'âge n'était pas l'horizon
Encore moins la raison;
Son regard sur moi attendri
Me prenant pour Adonis que je n'étais!
Même si ma carrure bien roulée
Me donnait un air attrayant et doux
Digne d'un Alexandre le Grand.  
L'idylle était née déjà,
Emportés par nos émois
La passion nous dévorait.
De jour en jour, d'heure en heure
L'amour inassouvi nous affolait,
Le monde n'était qu'à nous deux.
Et puis, un jour de temps gris
Comme un imbécile et niais,
N'ayant pas pris la mesure
De la grandeur et de l'idéal
D'un amour ineffable
Dont flambaient nos cœurs.
Croyant vivre un caprice de midinette
En mal d'amour et d'aventure;
Et comme un jeunet cornichon
J'avais pris mes cliques et mes claques
Laissant la tendre nymphe céleste
En pleur et chagrin.
Mais hélas pour mon infortune
Mon coeur bien après le délit
S'était retrouvé en piètre état
De n'avoir pas su lire dans ses yeux,
Son dernier regard cristallin